L’ amante en attente revoit tout ses principes un à un. Elle oublie qu’elle fait un rejet à la pénétration d’une autre. Elle oublie qu’elle est un choix certes, mais pas une priorité. Elle refuse d’être considérée comme une ombre de la seconde chance et baigne pourtant dans l’anonymat. Elle reste silencieuse la plupart du temps car il faut préserver l’autre et sa vie établie, comme on enterre des déchets nucléaires elle enfouit sa conscience. Par procuration elle donne aux rares moments de plaisir un goût d’authentique en oubliant la légitime qui attend monsieur dans le lit conjugal. Elle s’invente un calendrier où elle n’est qu’une étape de vidange.
Ses amis l’encouragent car ‘ça arrive à tout le monde’ et ‘donne lui du temps’ riment avec les mois qui défilent dans l’abnégation de soi la plus totale. Un spasme la ramène parfois dans sa condition d’humain, la menace qu’elle fait peser sur l’autre de tout dévoiler ou de faire un choix clair finissent toujours par un élan passionnel entre ses cuisses. Ce formidable radeau de fortune de vies superposées échoue sans peine en quelques mois, quelques années pour les plus aveugles. Les hommes rentrent toujours chez eux, les femmes attendent toujours quelque part.