Je n’étais pas ce qu’on peut appeler un mec sympa. J’avais des accès de rage et de colère qui me rendaient plutôt malsain, on me recommandait peu. Les filles me regardaient mais seules les chicana sans peur venaient au contact. La mienne avait un tatouage sur la main, un frère dans un gang mais refusait le sexe. Mon voisinage direct était composé de planteurs et de revendeurs, de petits connards qui se croyaient braqueurs et on faisait tous du skate les poches pleines.
Les dealers planquaient la came dans les launderettes, personne n’y lavait plus son linge depuis longtemps, le seul bruit que l’on entendait parfois était celui d’une mère criant après son rejeton et nos planches qui cognaient chaque banc et chaque trottoir sous un soleil blanc. Les flics venaient une fois par jour en civil et mangeaient à côté de nous, le moindre regard de travers était considéré comme une offense et un trouble à l’ordre public, nos lunettes Black Flys face à leurs pilotes Ray Ban étaient donc parfaitement adaptées et aucun signe ne transpirait de nos faces robotiques.
Dans notre loft aquarium sur J street, derrière les vitres sales, nous avions réussi à installer un fauteuil et un bar en U. Tout ça pour occuper les 180 m2 d’espace libre. Des filles rentraient propres et bandantes et ressortaient 48 heures plus tard le vernis écaillé les cheveux gras et les genoux rouges. Une guitare pendait à un mur accrochée par les cordes et Gil notre colocataire artiste nous avait peint un pan entier une nuit de poussière d’ange. Shawn lui baisait des putes sur son lit construit à la main qu’il revissait quotidiennement.
Le soir nous allions au green circle admirer le beau monde et écouter cette nouvelle musique electronique. Je garais ma moto directement à l’étage, en prenant le monte charge, je la posais près de la grande baie vitrée et me régalais des feux de la ville qui oscillaient sous mes yeux. La baise était absente, le sentiment de peur et de fuite sans cesse présent.