Donne moi la tranche fine du fruit, la meilleure. Plie toi au maximum, les veines battantes d’un cheval qui s’étrangle. J’ai fait des efforts pendant deux décennies pour plaire à vos masses et maintenant je sèche. J’ai vos cols roulés en chagrin dès que l’automne s’éveille. J’aime ta photo dans la salle de bain, nue et brute, fine comme un silex, cuisses entrouvertes, sexe que je connais comme ma maison. J’aime quand tu jouis à l’étouffée, murène silencieuse et fatale. J’aime aussi les empreintes que laissent tes mots quand ils glissent vers moi. J’ai l’impression de posséder le monde uniquement quand je gicle en toi, quand tu me laisse m’enfoncer plus profond et que nos sexes brûlent. J’ai absolument besoin de te posséder par le biais des fluides, comme une liane visqueuse entre nous, en ne pensant ni au lendemain ni à mes douleurs. J’aimerais aussi avoir des poings lourds comme des sacs de ciment, agiles comme des balançoires. J’aimerais avoir un plafond plus haut, sous le ciel, avec des livres pour seuls meubles.
Réjouissez vous de ce qui est beau, abandonnez toute médiocrité, tout caprice, toute facilité, vous n’êtes plus un enfant. Souffrez en silence et jouissez de la toute beauté des femmes et de l’orchestre de leurs désirs « à faire pâlir les rossignols »
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La nuit est partie aussi vite qu’un singe, macabre et malicieux, le petit matin me fixait de ses yeux verts et brumeux. L’appendice était presque le dernier de la nuit, comme une file sans fin d’organes méconnaissables et mécontents, la chair malheureuse et exacerbée de cette créature qui s’enivrait à la moindre pluie.
Visitée par les démons disait le vieux chanteur, sa dent d’email, la seule, brillait comme un soupir au coin de ses lèvres. Sa chaise coincée contre sa porte . fallait il l’ouvrir ? ou juste l’admirer dans ce fauteuil de bois au coudes presque humains, doux et polis.
Je voyais la journée arriver, avec grand appétit, je voyais aussi les derniers restes de sable entre mes doigts de pied. Mais j’avais encore de l’orgueil, l’orgueil noir et profond d’un pauvre con, seul, blessé, traqué, éperdu de cet infini, intouchable, de ces rêves d’horizons purs, de ces formes généreuses , de cette fièvre insurmontable, de ces colères du ciel, de tous ces excès qui me rendent heureux.
A l’ étroit dans cette matinée qui ne prenait pas de départ, assis là près du vieux poète, chanteur obscur de vieilleries incompréhensibles.
Je cherchais toujours cette lumière, apaisante, qui se levait parfois après des nuits d’orage et me caressait la nuque, douce et salée, orange comme un bienfait du matin.
Mais la nuit avait été trop sèche, trop pâle, trop raide trop chaude et le jour prenait place sous forme de stries uniformes et blanchâtres, comme un pavillon abandonné lors d’un spectacle trop triste.
Même les obsédés cyniques et anxieux écrivent des choses qui ne sortent ni ne rentrent dans votre vagin.
Mexique, 1998
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